Si on définit le progrès comme étant le fait pour l'homme d'avancer dans l'espace, c'est-à-dire vers l'amélioration, la perfectibilité - de lui et par extension du
monde - on comprend que cela le conduit à agir sur la nature, à prendre des risques. De là découlent deux impacts, à la fois l'envie de faire de nouvelles découvertes et la menace d'être entraîné
vers "toujours plus".
Le progrès pour quoi faire ? Pour alléger les tâches de l'homme, pour améliorer sa vie, sa santé, ses conditions de vie, ses connaissances, lui donner par exemple une meilleure santé et une vie plus longue lui permettant de diversifier ses activités et centres d'intérêt ou plus de temps libre en allégeant la pénibilité de son travail ? On répond alors au premier impact et on peut s'interroger sur pourquoi on voudrait le freiner ou le combattre. Pourquoi en effet lutter contre ce qui apporte de l'amélioration et des satisfactions ? Cela justifie même la prise de risque.
Le progrès est irréversible (quelque part il a conduit l'homme à sortir de la caverne), il est donc impossible d'enrayer le mouvement, d'où le second impact : trop de rapidité, risque d'être
débordé, de ne plus maîtriser, de ne pas comprendre, d'être dépassé. Alors le combattre ou le freiner devient l'élément essentiel. On voit donc en lui quelque chose de négatif. Dans le même
esprit, l'emballement conduit à des excès "science sans conscience, n'est que ruine de l'âme..."(Rabelais).
En effet, agir sur la nature peut avoir des conséquences, la prise de risque étant insuffisamment ou mal calculée. On connaît mal les effets à terme des actions entreprises sur la nature,
l'environnement et donc sur l'homme. Dans le même esprit, les gains de productivité, par exemple, ont-ils des conséquences sur la notion de travail ? Comment apprécier la balance entre le gain et
la perte ?
On voit ainsi se développer la crainte, l'inquiétude face à l'avenir, la peur du changement. Un "syndrome" type des "canuts de Lyon" serait-il de retour ?
La difficulté est que bien souvent le progrès scientifique, les progrès technologiques, les gains de productivité vont plus vite que la capacité de l'homme à comprendre cette évolution et les transformations qu'elle entraîne.
Ainsi en est-il de son adaptation à de nouvelles conditions de travail. Or c'est bien une nouvelle organisation du travail qui est nécessaire, de nouveaux types d'emplois doivent être créés ou
sont en cours de développement.
On occulte, dans un premier temps, que le progrès s'accompagne de développement des connaissances et de la formation, que le progrès technologique développe des emplois nouveaux et souvent plus
qualifiés, que tout cela contribue à davantage de compétences. L'idée que l'homme libéré des tâches aliénantes, répétitives et harassantes trouve du temps pour se perfectionner ou améliorer ses
conditions de vie passe après le constat que des hommes sont laissés "au bord de la route", qu'ils deviennent des inadaptés. Ce n'est que dans un second temps que le progrès sera considéré comme
bénéfique puisque les améliorations qu'il aura produites favoriseront la prise en charge plus « solidaire » de ces personnes. Bien évidemment, tout cela prend du temps au risque de faire du
constat négatif la conséquence du progrès.
Ainsi en est-il des progrès de la médecine et de la biologie qui ont considérablement amélioré la santé, allongé la durée de vie mais dans quelles conditions et pour quel effet dans une société
où les personnes âgées sont mises à l'écart.
Le risque aussi est de voir dans toute découverte, qu'elle soit scientifique ou non, un progrès. Là réside peut être l'erreur majeure ou l'incompréhension qui conduit à renforcer le sentiment
d'inquiétude et d'insécurité. Peut être est-ce précisément l'envie de découvrir qui anime les chercheurs et les amène à trouver quelque chose qui en finalité n'est pas un progrès. C'est le
premier impact abordé plus haut qui a dérapé.
Ces quelques réflexions traduisent la complexité d'un sujet qui ne permet pas des solutions simples. D'où la nécessité d'avoir une attitude humble face au progrès, de ne pas le considérer comme
un but en soi faisant abstraction du reste. Cela signifie adopter une attitude de précaution, faire une pause, poser un moratoire permettant de prendre en compte l'évolution, de la comprendre et
de la partager.
Combattre ne sert à rien mais apprendre à pondérer, à évaluer, à fixer des objectifs et à les analyser et aussi à peser le risque serait une attitude sereine et intelligente pour permettre que le
progrès en soit un.